LE LIVRE DES MENSONGES VERIDIQUES

 

Lionel Tran

 

 

 

 

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Pourquoi ai-je peur de tomber en enfer alors que j’y suis déjà ?

 

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Etre « le dindon de la farce », celui qui l’accueille en ses entrailles.

 

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Survivant d’une lignée de spermatozoïdes morts-nés. Je jalouse ce foetus étranglé par son cordon ombilical vu sur une des étagères du musée de la médecine.

 

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La putain de ma mère qui m’a mis au monde !

 

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Mes couilles pendent mollement, à quel point la potentialité de la vie peut être laide...

 

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Commettre un enfant.

 

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A-t-il pleuré, eu l’air hébété ou a-t-il fermé les yeux d’effroi ?

 

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Spontané comme une chose n’ayant jamais existé.

 

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Ne pouvant faire mieux que Dieu, nous nous évertuons à faire pire.

 

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Les systèmes solaires tournent en rond au milieu d’un univers stérile.

 

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Parcourir des millions d’années pour parvenir à la station verticale et à la reptation de la conscience.

 

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L’homme, brouillon raté de Dieu balancé dans le vide-ordures qu’est l’univers.

 

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Améliorer quoi ? Hein ? AVANCER où ? A quoi bon continuer ce qui n’aurait pas dû être ?

 

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Si Dieu est passé de mode, pourquoi la conscience est-elle toujours là ?

 

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L’impression d’être un raté, l’un des innombrables hoquets d’un moteur emballé.

 

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La mort de Dieu n’a pas supprimé la culpabilité, loin de là... Nous sommes entrés dans l’ère de la frustration sans absolu.

 

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L’autre soir en voyant passer une étoile filante j’ai pensé : je ne veux rien.

 

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Voyons voir ce qu’offre la vie : absence de perspectives, négation du peu auquel j’aurais aimé croire, spoliation de moi-même, j’en passe et des pires.

 

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Que reprocher à ceux qui se suicident à part ma lâcheté ?

 

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Mais la vie, la spiritualité, l’amour ? Une fuite.

 

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Il n’y a pas de hasard. Rien n’est gratuit. Tout est destiné à nous enliser un peu plus.

 

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Avoir le choix entre l’orgueil suicidaire d’un Icare et l’enfermement à vie dans le dédale des affects.

 

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Sois heureux, c’est tout ce que je te souhaite. Vas-y. Eclate-toi. SOIS HEUREUX ! Et dis-toi bien que ce n’est rien de plus.

 

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L’ironie du désespoir.

 

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J’ai foi en l’échec.

 

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Un jour de plus ou un de moins ? Je me demande si j’arriverai à ne plus me poser de questions...

 

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J’aime voyager, chaque fois j’en reviens convaincu que partout je me sentirai aussi mal.

 

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La sensation de n’être nulle part à ma place. Y compris à l’intérieur de mon corps.

 

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Je n’ai toujours pas compris comment ma conscience a fait pour se faire élire à la tête de mon corps.

 

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Lorsque je prends trop de recul je finis par me perdre de vue.

 

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Je ne suis pas unique. Je suis de trop.

 

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Aller au fond de soi, s’abîmer.

 

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AHAHAHAHAHAHAHAHAHAHAH

 

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Se laisser vivre ou s’interdire de mourir ?

 

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Je ris de l’absence de choses que je pourrais prendre au sérieux.

 

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J’atteinds l’équilibre en disant le contraire de ce que je pense.

 

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En vieillissant je m’adoucis, de dépit.

 

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Le sentiment de s’être mentalement pissé et chié dessus.

 

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Je fais toujours rire malgré moi. Plus je sais que je ne m’y tiendrai pas, plus je promets avec intensité.

 

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Savoir que le savoir même est inutile.

 

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Aligner des versions contradictoires sur le même ton, avec les mêmes points d’orgue et les mêmes faiblesses, comme si tout ce que je pensais n’avait aucune importance, mis à part l’écoulement de la pollution qu’est le langage.

 

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Je suis bien trop lâche et fainéant pour subvenir à mes besoins sans l’aide d’autrui.

 

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L’évidence me surprend, tellement j’ai l’habitude de croire en mes mensonges.

 

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L’angoisse me maintient en vie en me poussant à fuir lorsque je suis sur le point d’abandonner.

 

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Debout sur le rebord de la fenêtre. Je ne suis même pas sûr de réussir.

 

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A quoi bon me faire mal ? Je cherche à expliquer à partir du moment où je ne comprends rien.

 

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Fourguer ses idées au tout venant, avec des boniments de marchand de camelote.

 

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J’en ai marre de m’enthousiasmer pour des tours de passe-passe débiles.

 

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Fonçant en sens inverse sur le boulevard périphérique de mes illusions.

 

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Spectateur blasé de mes propres facéties.

 

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Sans queue ni tête.

 

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INNOCENT : vierge de toute vérité.

 

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Je n’aspire pas à la beauté, j’aspire à faire abstraction de la conscience de ma laideur.

 

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Passer d’un instant à l’autre, les sachant tous identiques.

 

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Le vide s’ouvre à moi. Non. Je m’ouvre au vide, en fait.

 

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Dieu, la question qui résulte de la capacité à s’interroger.

 

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A quoi d’autre penser à part Dieu ? Faire semblant de se soucier du cours sans surprise d’une des ses innombrables sous-parties ?

 

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Je suis mon unique centre d’intérêt ainsi que ma principale cause de désarroi.

 

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Que cherchent les archéologues enquêtant sur l’origine de l’homme ? Le coupable ?

 

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Pourquoi ai-je honte d’être aussi minable que ce monde lamentable ?

 

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Le monde m’appartient, non, je veux dire, je fais partie intégrante de lui.La place que j’occupe est la mienne, je me sens bien ; la peur, la haine, le dégoût ont cessé d’être. Je ne me souviens même plus à quoi ils ressemblaient. Chaque instant est nouveau. Je me dirige, serein, sur le sentier qui se trace de lui-même au sein des possibilités... Enthousiasme délirant, dont la dissipation ne laissera qu’un sentiment nauséeux.

 

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Je suis rarement aussi lucide que lorsque je ne crois plus en rien.

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(...)