"[…] Il ne s'agit plus ici vraiment d'une adaptation, mais d'une transposition dans un autre médium qui n'est pas forcément celui de la bande dessinée traditionnelle. Tran, scénariste, Ambre, dessinateur, et Berge, photographe, mettent sur pied une œuvre d'art, une sorte de dispositif […] qui nous parle d'un rapport au monde. Tandis que le court récit de Hrabal raconte l'histoire d'un ouvrier qui, pendant trente-cinq ans, pilonne des livres au fond d'une cave avant de s'apercevoir que le monde moderne va le liquider à l'instar de cette culture qu'il a tenté de préserver (en entassant chez lui des livres récupérés), la version graphique rend cette mélancolie sociale et culturelle en instaurant un rapport d'emblée faussé à la représentation, comme si tout était perdu d'avance, car les dessins d'Ambre sont des copies des photos de Valérie Berge, qui en deviennent du coup la répétition générale. On pense alors au Pierre Ménard de Borges réécrivant le Quichotte ou à Gus Van Sant refilmant Psychose plan par plan."

Eric Loret - Libération, 23 janvier 2003