"Le concept est terrifiant et le mot tabou ; le pilon ou la mort irréversible du livre, l'extrême limite de son existence et son anéantissement. L'écrivain tchèque Bohumil Hrabal a écrit un roman autour dé cette réa- lité, Une trop bruyante solitude. Trois auteurs - un écrivain-scénariste, un dessinateur et une photographe - viennent de créer une exposition et une bande dessinée adaptée librement de cet ouvrage.L'album sortira mi janvier et l'exposition - avant de partir à Angoulême puis probablement Bordeaux-est visible quelques jours à Lyon.
L'ambiance est donnée dès les premiers pas du visiteur qui foule aux pieds des pages déchirées des « Misérables ». Des livres comme un baldaquin A sa droite, un porche fait de livres entassés, ouvre sur un escalier; en face de l'entrée une chambre avec un lit et une pauvre table de nuit et, au-dessus, des livres comme un baldaquin, un toit ou une tente prtectrice. C'est beau, desepéré et pauvre. Au sous sol, un bruit infernal. La descente s'accomplit encore et toujours entouré de milliers de pages arrachées.
Puis on pénètre dans l'antre du molosse. La petite pièce voûtée est encombrée de ballots de papiers et de tas de feuilles empilées, entassées avant broyage et compactage par la machine-monstre. Ici c'est un film de 13 mn réalisé et mis en musique par Nicolas et Eric Terrier qui symbolise visuellement et au niveau sonore le pilon.
Au mur des deux niveaux d'exposition sont accrochées des planches de l'album écrit par Lionel Tran et dessiné par Ambre et des photographies de Valérie Berge. Les unes et les autres participent de cette présentation transversale d'une oeuvre sur la désespérance d'un ouvrier du livre. Celui-ci, Hanta, découvre, alors qu'on lui demande de l'exteminer, l'existence de l'écrit et de la littératture. II va alors, s'appliquer à sauver le plu d'ouvrages possible en les entassant chez lui avant que la modernisation ne fasse disparaître son emploi, son outil de travail et donc le sens de son existence.
Comme par magie, une odeur étrangement fétide correspondant parfaitement à la putréfaction d'un monde accompagne le cheminement de cette exposition."
M.R-P - Le Progrès