la cage

 

Lionel Tran

 

illustrations Frédéric Poincelet

 

 

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Elle a huit ans de plus que moi. Je la rencontre lors d'un repas chez elle. Je reste après le départ des autres convives. Nous nous racontons nos vies, assis sur le canapé. De temps à autre une voiture passe dans la rue, rompant le silence de l'appartement.

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Je lui dis qu'on m'a appris à lire et à écrire en me tapant dessus. Jusqu'à l'évanouissement.

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Elle me raconte qu'elle a toujours eu peur des hommes. A en rester tapie dans le noir, téléphone débranché pendant des semaines. Six mois plus tard nous vivons ensemble.

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Sans m'en rendre compte je me suis installé chez elle. Elle travaille durant la journée. Je passe le plus clair de mon temps dans l'appartement.

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J'arrête mes études. Je décide de devenir écrivain.

 

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Le radio-réveil se met en marche. Il est 7 h 30. J'ai encore envie de dormir. Elle se lève. J'entends le bruit de pas dans l'escalier. Je me replie en position fœtale sur le matelas.

- "Bon, ben à midi, alors… Passe une bonne matinée.

- Toi aussi.

- Salut. "

La porte claque. J'entrevois la lumière du jour par la fenêtre. Je me rendors, les jambes nouées dans les draps.

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Je ne sais pas comment. Je dois y arriver.

 

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-"Tu es nerveux, en ce moment...

- Comme d'habitude.

- Tu sais, ça m'inquiète. Ce n'est pas normal d'avoir tout le temps mal à la tête.

- C'est quoi, la normalité ?

- Arrête.

- Excuse-moi.

- Sérieusement, tu devrais aller voir un docteur.

- Pourquoi ? Qu'est ce qu'il va me dire ? Vous êtes trop nerveux, reposez-vous. Je n'arrête pas de dormir, mais c'est pas ça le problème.

- C'est quoi, alors ?

- C'est dans ma tête...

- Je pense que tu devrais quand même aller voir un toubib, ça ne t'engage à rien...

- Si : il faut prendre rendez-vous, payer.

- Il y en a un juste à côté et c'est remboursé

- Arrête, on dirait ma mère.

- Va voir un psy, alors...

- Non. Je n'en ai pas besoin.

- Tu n'arriveras pas à te soigner tout seul... "

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Nu.

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- "Ça va ?

- Hun, hun.

- Toujours mal à la tête ?

- Non, pas depuis hier. Tu as passé une bonne journée ?

- Bof, le boulot...

- Tiens, au fait, j'ai envoyé mon chèque sur le compte commun.

- Il te restait du fric ?

- Ma mère m'en a filé un peu.

- Je croyais que tu ne voulais plus qu'elle t'en donne.

- Je lui ai dit, mais elle a insisté. Elle fait déduire une pension de sa fiche d'impôts...

- Elle trouvera toujours un prétexte...

- Le mois prochain, je refuserai.

- C'est ce que tu avais dit la dernière fois...

- Tu préfères que j'aille chercher un travail à la con, que je reprenne mes études ?

- J'aimerais bien que tu fasses quelque chose de ta vie...

- J'écris.

- Tu ne m'as rien montré depuis un moment.

- Ce n'est pas parce que je ne te montre rien que je n'écris pas. "

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Au pied d'une falaise.

 

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- "Laisse tomber, je m'énerve pour des conneries. Ça ne vaut pas le coup de t'en faire pour ça.

- Je m'inquiète seulement pour toi, des fois...

- J'ai du mal, mais j'essaye de faire ce qui me semble le plus juste.

- Je sais.

- Ça peut sembler abstrait, mais je n'ai pas le choix.

" Un mur insurmontable

- "Ah, tu es là… Je croyais que tu étais sorti.

- Non. Je ne me suis même pas levé.

- Tu as de la fièvre ?

- Je ne sais pas. J'ai froid.

- Le chauffage est éteint, je vais le rallumer.

- Non, laisse.

- Tu as faim ?

- Tu peux me monter un cachet ? J'ai mal à la tête.

- Encore ? Attends… "

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La porte de la salle de bain se referme. Des pas montent dans l'escalier. "Tiens. Tu en prends trop. " Elle dépose un baiser sur mon front. Je tourne la tête. Les pas descendent l'escalier. L'eau coule au robinet de l'évier. Les assiettes s'entrechoquent.

- "Laisse, je la ferai...

- Tu as dormi toute la matinée ?

- Par périodes. J'ai essayé de lire, mais j'étais trop fatigué. Je me suis levé pour vomir. J'avais mal au ventre. Je dois être constipé.

- Tu as appelé le toubib ? " Je remonte la couverture sur mon nez. Je fixe le plafond. L'eau coule dans le siphon.

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Une minuscule bande de ciel grisâtre.

 

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- "Ça ne va pas fort, dis donc. " Je secoue la tête négativement. "Je sais que je me répète, mais tu devrais sortir. Ça te ferait du bien.

- Qu'est ce que tu veux que j'aille faire dehors ?

- Je ne sais pas, il y a tellement de choses... Voir des gens, montrer ce que tu écris, chercher à te faire éditer.

- Sérieusement ? Tu imagines vraiment que mes textes sont publiables ?

- Il faut essayer. Tu n'en sauras rien tant que tu n'essaieras pas de les diffuser.

- Mais tu sais très bien que ça ne sert à rien !

- Comment tu vas faire, si tu refuses d'être publié ?

- Pourquoi ? Ça t'inquiète ? Tu veux que j'aille chercher un boulot ?

- Mais non, je n'ai pas dit ça, mais comment tu comptes t'en tirer en refusant tout ?

- Tu peux me donner un autre cachet ?

- Tu ferais mieux d'aller voir le toubib.

- Ça va passer. J'ai juste un peu mal à la tête... Je vais dormir un peu. Ça ne te gêne pas si j'éteins la lumière ? - Non, j'allais redescendre, de toute façon. Repose-toi... "

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Je ferme les yeux.

 

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(...)