Collection Losers

 

Sacré Willy (extrait)

 

JE N'AI JAMAIS PU blairer Willy. Je ne me souviens plus exactement quand nous l'avons vu débarquer à l'atelier. Il avait une espèce de frange noire et huileuse qui revenait sur le front. Il était toujours bien sapé.

D'ailleurs, chaque fois il se mettait à parler de ses sapes, ce qui avait le don de m'exaspérer. Son visage était assez fin, ses yeux de toxicomane étaient étroits, on aurait dit qu'il les maquillait, sa peau était grasse et constellée de profondes cica-trices d'acné, comme les tueurs de la CIA ou du KGB dans les films d'action américains. Il déblatérait ses conneries d'une voix un peu traînante, sifflante.

C'était une sorte de petit minet complètement ravagé. Pas méchant, juste un peu con et superficiel Le plus pénible avec lui, c'est qu'il n'arrêtait pas de se la jouer, prenant des accents inspirés lorsqu'il disait "je". Il me faisait penser à un coiffeur. Je n'ai jamais su s'il était mythomane ou à côté de ses pompes, à supposer qu'il y ait une différence entre les deux.

Je me rappelle une histoire hallucinante qu'il nous a raconté un été où il revenait de Corse : là bas il avait été pris en stop par un rupin en Ferrari. "Houlala, la caisse, je te raconte pas..." Le type l'avait invité chez lui "une baraque gigantesque, avec sol en marbre et escaliers en pierre et une piscine immense", puis il lui avait proposé de rester quelques jours, afin d'apprendre à se connaître. William avait trouvé ça "franche-ment top. " Le soir le type lui avait sorti du champagne, "mais attention, un Canard-Duchesne", servis dans des coupes en cristal et tout et tout. Puis il ne se souvenait plus de rien. Il s'était réveillé attaché à un lit par des cordes. "Le type avait mis une tenue sado maso et il n'arrêtait pas de me menacer avec un couteau énorme, genre couteau de Rambo. Moi j'étais mort de trouille et puis il s'est mis à me couper un peu. Et puis je ne me souviens plus de rien. Je l'ai frappé comme un marteau, j'ai coupé les cordes avec son couteau et je lui ai tapé dedans et je me suis enfui. Je lui ai piqué sa Ferrari et je me suis barré. J'étais comme un fou. J'ai fait ça dans un état semi conscient. Je m'en suis rappelé plusieurs jours après. Je sais même pas, si ça se trouve je l'ai tué. Non, mais tu te rends compte, il y a vraiment des cinglés .

" En fait moi je me rendais surtout compte qu'il avait beaucoup trop regardé la télé. Bref, en général j'évitais d'écouter Willy parce qu'il m'énervait.