"Ambre et Lionel Tran viennent de sortir un nouvel album chez 6 Pieds Sous Terre éditions. Une trop bruyante solitude est l'adaptation du chef d'oeuvre de l'écrivain Tchèque contemporain Bohumil Hrabal. Réalisée avec la photographe Valérie Berge cette adaptation explore la notion de transversalité artistique dans le cadre de la Bande dessinée. Cette expérience trouve son aboutissement dans la création d'une exposition mêlant sur 200 m2 présentation d'originaux (dessins et tirages photographiques) et installation (mise en volume, projection et création sonore numérique.) Cette exposition sera crée au Centre National de la Bande Dessinée lors du XXXème Festival International de la Bande dessinée d'Angoulême du 24 au 26 janvier 2003. La réalisation de cette exposition scénarisée, par Lionel Tran avec l'aide d'Eric Terrier (réalisateur du film en images de synthèse), a nécessité la destruction de milliers de livres afin de recréer le pilon, lieu mythique et tabou. Le pilon est un mythe : il n'existe pas de lieu spécifique à la destruction du livre, le livre est recyclé parmi les vieux papiers, sans distinction particulière. Il est détruit au même titre qu'une marchandise avariée. Le livre n'est pas rare : de plus en plus d'ouvrages sont imprimés et donc amenés à disparaître. Des centaines de tonnes de livres sont détruites quotidiennement.
" Le fétichisme qu'il y a autour de la culture du livre est paradoxal : sous prétexte de protéger le livre, on le rend souvent inaccessible. L'exposition nous a amené à détruire des millions de pages qui étaient destinées à finir aux ordures et que nous avons écrasées, déchirées, découpées, brûlées, avant de les recoller, de les coudre, afin de créer cette installation. L'exposition représente un cimetière de livres : toute cette accumulation est un trompe l'oeil, il s'agit de livres creux, vides. Nous sommes partis de vrais livres que nous avons vidé de leur contenu. Le spectateur croit voir une écrasante accumulation d'ouvrages alors qu'en fait sans le savoir il est face à du vide. Cette installation est extrêmement ambiguë, elle dit à la fois : il faut sauvegarder la culture du livre parce qu'elle est périssable, et en même temps : cette culture a déjà disparu, à notre insu. "
9ème Art